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FACTEURS DE RISQUE ET PRÉVENTION DES CANCERS

De nombreux facteurs ont été classés comme cancérigènes chez l’homme par le Centre International de Recherche sur le Cancer : on parle dès lors de « facteurs de risque ». Ces facteurs peuvent tenir au mode de vie, et notamment à l’alimentation. Il faut également prendre en compte l’exposition à des substances toxiques ou à des agents infectieux.

L'essentiel

De nombreux facteurs ont été classés comme cancérigènes chez l’homme par le Centre International de Recherche sur le Cancer ; on parle dès lors de « facteurs de risque ». Ces facteurs peuvent tenir au mode de vie, et notamment à l’alimentation ; il faut également prendre en compte l’exposition à des substances toxiques ou à des agents infectieux. Ces facteurs sont donc potentiellement maîtrisables ; on estime d’ailleurs que la prévention dirigée contre eux pourrait réduire d’un tiers le risque de survenue d’un cancer.
Le tabac contient à lui seul plus de 70 substances cancérigènes, de sorte que l’exposition au tabac n’expose pas qu’au seul cancer du poumon. La prévention consiste ici en l’éviction pure et simple, définitive, du tabac. Une consommation même minime est en effet considérée comme un facteur de risque.
L’alcool est impliqué lui aussi dans la genèse de plusieurs cancers ; il est classé à ce titre comme cancérigène depuis 1988. Il a un impact en lui-même sur le développement de certains cancers, et il potentialise en outre le rôle d’autres facteurs, tel que le tabac. L’alcool peut encore être consommé avec modération, notamment pour préserver un effet de protection cardiovasculaire, sauf dans le cas de l’alcoolisme avéré, où le sevrage doit être total.
Le mode de vie peut générer aussi plusieurs facteurs de risque : le déséquilibre alimentaire, le manque d’activité physique, l’exposition au soleil, l’exposition à d’autres toxiques, etc.
Les rayons UVA et UVB émis par le soleil sont responsables de la majorité des cancers de la peau, cancers dont l’incidence est en constante augmentation. La prévention est ici relativement simple puisqu’il suffit de se protéger de ces rayons, notamment par l’application régulière de crème solaire et en évitant de s’exposer aux heures les plus chaudes.
Des centaines de produits ou substances présents dans notre environnement proche peuvent être considérés comme cancérigènes. Leur liste n’est pas exhaustive, et elle ne cesse de se compléter. On estime que ces produits seraient responsables de la survenue de 10 à 15% des cancers.
Enfin, certains cancers se développent à la suite d’une infection par un virus ou par une bactérie. Il peut s’agir de maladies sexuellement transmissibles. La prévention peut être ici exercée par la vaccination ou par la protection par un préservatif.

Quels sont les facteurs de risque de cancer ?

De nombreux agents sont classés comme cancérigènes chez l’homme par le Centre International de Recherche sur le Cancer. Ces facteurs sont liés au mode de vie et aussi à l’exposition à certaines substances. Il est dès lors possible d’exercer une prévention contre des facteurs ainsi maîtrisables, prévention dont on estime qu’elle pourrait réduire d’un tiers le nombre de cancers.

Un facteur de risque est nommé ainsi quand l’exposition à un tel facteur accroît le risque de survenue d’un événement de santé défavorable, comparativement à une population non exposée. Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), organisme qui dépend de l’Organisation Mondiale de la Santé, est en charge de l’évaluation du risque inhérent à chaque facteur identifié, et ce en termes à la fois de nature et de force du lien.
De très nombreux facteurs pouvant favoriser l’apparition des cancers ont été identifiés, avec un degré de spécificité pour les cancers variable selon la nature des agents cancérigènes concernés.
Certains cancers ne sont pas spécifiques mais plus fréquents après exposition à un facteur de risque (exemple du cancer du sein, plus fréquent avec l’alimentation riche en graisses) ; d’autres sont plus spécifiques d’un agent cancérigène en particulier (cas par exemple du cancer de la plèvre avec l’amiante).
Les mêmes agents cancérigènes ne font pas courir le même risque à l’ensemble de la population, ce qui supporte l’hypothèse de facteurs génétiques exposants, ou au contraire protecteurs. Cela revient à dire qu’une partie seulement de ces cancers peut être prévenue.

La prévention d’un tiers des cancers par une action dirigée contre les facteurs dits maîtrisables doit tout de même être considérée comme très significative, eu égard à la fréquence des cancers.
Le tabagisme se place au premier rang des facteurs de risques. On doit citer ensuite d’autres facteurs liés au mode de vie, tels que la consommation d’alcool, l’alimentation déséquilibrée, le surpoids, l’absence d’activité physique, l’exposition excessive au soleil.
A côté de ces facteurs bien connus, on doit citer encore des agents toxiques utilisés dans de nombreuses activités, et notamment les pesticides utilisés dans les professions agricoles.
Il existe enfin un autre registre encore de cancers : des cancers d’origine infectieuse, virale ou bactérienne. Citons notamment l’exemple du papillomavirus humain, en cause dans la survenue du cancer du col de l’utérus.

Le tabac, première cause de cancer

Le tabac contient plus de 70 substances cancérigènes. Le tabagisme n’est pas seulement impliqué dans la survenue du cancer du poumon ; il l’est également dans celui des voies aériennes supérieures, de l’estomac, des voies urinaires, etc. La prévention consiste en l’arrêt pur et simple du tabac, dans la mesure où une consommation même minime est encore considérée comme délétère.
Le tabac est la première cause de cancers, et ce aussi bien en France que dans le monde. De la même façon, le tabagisme est la première cause de cancer évitable.
En France, le tabagisme est responsable de plus de 35 000 décès par cancer chaque année, avant tout du poumon (90% des cas environ). Le tabagisme est ainsi la principale cause de mortalité par cancer chez les sujets de moins de 65 ans. Il est impliqué aussi dans 50 à 70% des cancers des voies aérodigestives supérieures.
L’augmentation du niveau de risque est liée au nombre de cigarettes fumées, et plus encore à la durée de l’exposition. C’est ainsi que l’on évalue la consommation en paquets-années (PA ; prenons un exemple : un sujet qui aura fumé 10 cigarettes par jour pendant 30 ans a une consommation de 1/2 paquet × 30, soit 15 PA).
Toutes les formes de consommation de tabac sont dangereuses. C’est vrai bien sûr pour les cigarettes, mais aussi pour le cigare, la pipe, ou encore le tabac à chiquer. Même le tabagisme passif a été rendu responsable de cancers.
On estime qu’avec l’éviction du tabac, on pourrait éviter environ un quart des décès liés au cancer.
La prévention passe alors par l’arrêt total de la cigarette. Plus tôt cet arrêt intervient, plus grand est le bénéfice ; plus long est le sevrage, meilleures sont les chances d’échapper au cancer, avec un risque qui s’annihile presque après 10 à 15 ans de sevrage.

L'alcool, deuxième cause de mortalité par cancer

La consommation excessive d’alcool est impliquée dans l’apparition de nombreux cancers. Cette consommation excessive a été reconnue comme cancérigène depuis 1988. Elle a un impact direct sur le développement de certains cancers, en particulier de l’œsophage et de l’estomac, et elle potentialise l’effet cancérigène d’autres facteurs, tel que le tabac.
L’alcool peut également être responsable de la survenue des cancers des voies aérodigestives supérieures et des cancers du foie et colorectaux.
Il a pu être évalué en 2000 que la consommation d’alcool était responsable du développement de plus de 22 000 cas de cancers, et de 8 à 16% des décès liés à un cancer.
C’est ainsi que, après le tabac, l’alcool est reconnu comme étant la seconde cause de mortalité par cancer.
A la différence du tabagisme, le sevrage total de l’alcool n’est pas nécessairement requis car, à côté de son effet délétère sur les cancers, l’alcool a un effet protecteur cardiovasculaire important (effet qui a été mis en avant pour expliquer le « french paradox », paradoxe selon lequel la mortalité cardiovasculaire est moindre en France que dans la très grande majorité des pays dans le monde). Le sevrage total doit par contre être requis dans l’alcoolisme véritable (défini comme une dépendance vis-à-vis de l’alcool de tous les jours).

Le mode de vie : facteur de risque et moyen de prévention des cancers

Le mode de vie en lui-même peut être un facteur de risque. Les facteurs liés à la nutrition et à l’activité physique ont en effet été identifiés comme augmentant le risque de cancer.

L’alimentation intervient à plusieurs niveaux :
♦ L’obésité ou le surpoids : en effet, un indice de masse corporel (IMC) augmenté est associé à un surcroît de cancer du sein, du pancréas, du rein, du colon ou de l’œsophage. Environ 2300 personnes seraient décédées en 2000 des suites d’un cancer lié au surpoids ou à l’obésité.
La consommation importante de viande rouge et de charcuterie est directement associée aux cancers colorectaux.
Une forte consommation de sel et d’aliments salés est rendue responsable de cancer de l’estomac.
Enfin, la prise de compléments alimentaires, comprenant notamment du béta-carotène, a été impliquée dans certains cancers, tel que celui du poumon.
Par opposition à ces facteurs qui peuvent favoriser l’apparition de cancers, d’autres peuvent au contraire s’avérer protecteurs :
La pratique régulière d’une activité physique prévient la survenue de certains cancers comme celui du sein ou du colon.
♦ La consommation de fruits et de légumes peut prévenir le développement de cancers, notamment ceux des voies aérodigestives supérieures, de l’estomac et du poumon. Les fruits et les légumes possèdent en effet des propriétés protectrices grâce à leur teneur significative en vitamines, en fibres, et peut-être plus encore en anti-oxydants.
♦ L’allaitement, enfin, est protecteur.
Il est notable que les facteurs de risque nutritionnels sont globalement les mêmes que ceux impliqués dans les maladies vasculaires. Les gériatres pensent même qu’ils sont associés à un surcroît aussi de maladie d’Alzheimer. D’où l’importance vraiment cruciale de la prévention nutritionnelle.

Le soleil : s'en protéger pour éviter les cancers de la peau

Les UVA et les UVB émis par le soleil sont responsables de la plupart des cancers de la peau (les 2/3 environ), et notamment des mélanomes. On pourrait pourtant aisément se protéger des mauvais effets de ces rayons par l’application régulière de crème solaire ou en évitant de s’exposer au soleil lors des heures les plus chaudes.
Ces cancers sont en constante augmentation. On estime à environ 7400 le nombre de nouveaux cancers de la peau par an, cancers responsables d’environ 1400 cas de décès. Ce chiffre a été multiplié par 3 en 20 ans.
Contrairement aux idées reçues, le danger ne vient pas uniquement des coups de soleil.
Deux types de rayons UV provenant du soleil peuvent atteindre la peau :
- Les UVB, ceux qui sont responsables du phénomène de « coup de soleil » ;
- Les UVA, qui pénètrent, eux, profondément dans la peau mais dont les effets sont imperceptibles dans la suite immédiate de l’exposition.
Les UVA comme les UVB augmentent le risque de cancer de la peau (il est à noter que certains de ces rayons ne sont pas filtrés par une vitre. L’on n’est donc pas nécessairement protégé derrière une vitre (en voiture par exemple).
Pour se protéger, différents moyens existent en plus de la protection par une crème, car la crème solaire n’offre qu’une protection incomplète. Il convient donc :
- De se protéger avec des vêtements (tee-shirt, chapeau) en plus de la crème, pour la raison que les vêtements protègent plus efficacement des UV que la crème ;
- D’éviter une exposition aux heures les plus chaudes, c'est-à-dire entre midi et 16h. C’est durant cette période, en effet, que les rayons sont les plus puissants ;
- Se mettre à l’ombre ;
- Appliquer de la crème protectrice régulièrement, au moins une fois toutes les deux heures.

Ces conseils valent tout particulièrement pour les enfants et les adolescents, qui sont les plus fragiles.
Certaines peaux sont plus sensibles que d’autres.
C’est le cas des personnes à peau claire, et aux cheveux blonds ou roux. En effet les phénotypes clairs sont plus à risque de développer un cancer de la peau.
Enfin, les personnes présentant un grand nombre de grains de beauté ou des antécédents familiaux de cancers de la peau sont également à risque et doivent faire l’objet de consignes de prévention.

Les facteurs environnementaux : une exposition constante

De nombreuses substances que l’on trouve communément dans l’environnement de tous les jours sont cancérigènes. Leur liste est non seulement non exhaustive, mais ne cesse d’être complétée.
Le CIRC en dénombre ainsi plusieurs centaines.
Selon les sources, de 10 à 15% des cancers seraient dus à ces facteurs environnementaux.
Certaines expositions sont clairement identifiées comme cancérigènes.
C’est le cas, par exemple :
- du radon, qui augmente les cas de cancer du poumon ;
- de certains pesticides ;
- les UV artificiels et naturels.
D’autres sont possiblement cancérigènes comme les champs magnétiques de très basse fréquence.

Les expositions professionnelles

De nombreux cancers d’origine environnementale sont contractés dans le milieu professionnel. On estime qu’environ 4% à 8% des cancers sont dus à de tels facteurs professionnels, et ce pourcentage est probablement sous-estimé du fait d’une sous-déclaration des cancers d’origine professionnelle.
Liens entre l'exposition à un produit et les cancers : la liste ci-dessous indique pour chaque type de cancer les principaux facteurs de risque professionnel.
- Cancer du poumon : amiante, rayons ionisants, radon, silice, métaux...
- Mésothéliome : amiante
- Cancer de la vessie : amines aromatiques et goudrons de houille
- Cancers du nez et des sinus : bois, nickel, chrome
- Leucémies : benzène, rayonnements ionisants
- Cancer du foie : chlorure de vinyl monomère, arsenic
- Cancer de la peau : rayonnement UVA et UVB, biphényles polychlorés, arsenic, bitume, goudron, suie, dérivés du pétrole...
- Cancer du larynx : bitume, goudron suie
- Cancer de l'appareil digestif : nitrosoguanidines

Les expositions à des toxiques concernent aussi le milieu de vie non professionnel. De fait, des facteurs tels que l’amiante ou le radon, sont mis en cause dans l’apparition des cancers professionnels mais sont aussi responsables de cancers pour des personnes non exposées dans leur travail.
S’agissant de l’environnement, le tabagisme passif doit également être pris en compte.
L’effet nocif de la pollution de l’air, lui, est bien documenté en ce qui concerne les maladies respiratoires ; il fait encore l’objet de discussion pour ce qui concerne les cancers.

Pour prévenir ces cancers, les pouvoirs publics ont établi des réglementations. Ainsi l’interdiction pure et simple de l’exposition à tel agent cancérigène (par exemple la législation sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics) ou, quand il ne s’avère pas possible de lui substituer un autre agent, la limitation de son usage ou encore la prise de mesure pour en limiter les effets nocifs (avec un aménagement des conditions de travail, des locaux, etc.). Pour prévenir ces expositions, différentes mesures ont été mises en place par les pouvoirs publics.
Quand le risque cancérigène n’est pas encore clairement démontré, les gouvernements adoptent généralement le principe de précaution.
C’est ainsi que le « Grenelle de l’environnement » avait notamment pour objectif « un environnement respectueux de la santé ».

Les virus et les bactéries : le rôle des agents infectieux

Certains cancers se développent à partir d’infections par des virus ou des bactéries, avec la particularité dans ce cas d’une transmissibilité, dont la voie sexuelle. En réalité, en toute rigueur, ce ne sont pas les cancers eux-mêmes qui sont transmissibles, mais les agents infectieux en cause.
L’Organisation mondiale de la santé estime à 18% la proportion des cancers dans le monde qui seraient dus à des agents infectieux.
Liens entre les cancers et les agents infectieux :
- Cancer du foie : virus de l’hépatite B et C
- Cancer du col de l’utérus : Papillomavirus humain (HPV)
- Cancer de l'oropharynx : Papillomavirus humain (HPV)
- Lymphomes non hodgkiniens : virus Epstein Barr (EBV), virus du VIH
- Maladie de hodgkin : virus Epstein Barr (EBV)
- Cancer de l'estomac : bactérie Helicobacter pylori
- Sarcome de kaposi : virus du VIH

Pour la même raison de la transmissibilité, ces cancers peuvent être évitables.
A cet égard, si l’infection par l’un de ces agents n’est pas nécessairement synonyme de cancer, la prévention de ces infections n’est pas moins un élément de la prévention des cancers.
L’usage du préservatif est efficace dans la lutte contre la transmission des virus sexuellement transmissibles, tels que celui de l’hépatite B et le VIH. La transmission du papillomavirus humain, en revanche, peut se faire avec des pratiques sexuelles telles que des attouchements par des mains souillées ou une fellation non protégée. L’usage du préservatif ne protège donc que partiellement.
La vaccination peut s’avérer efficace aussi. Tel est le cas pour l’hépatite B et, en partie, pour le papillomavirus humain. Cette dernière, en effet, n’offre une protection vis-à-vis du cancer de l’utérus que dans 70% des cas (pour la raison qu’il existe différents types de papillomavirus). Cette protection incomplète justifie donc le dépistage régulier du cancer du col de l’utérus par un frottis cervico-vaginal.

Références
Sources
- Institut National du Cancer. Fiche Repère "La prévention primaire des cancers en France" , juin 2015
- Institut National du Cancer. Fiche Repère « Activité physique et cancer » , janvier 2012
- Institut National du Cancer. Fiche Repère « Sevrage tabagique et prévention des cancers » , mai 2011
- Institut National du Cancer. Fiche Repère « Pesticides et risques de cancers » , juillet 2014
- Institut National du Cancer. Fiche Repère « Cancers professionnels » , janvier 2012
- Institut National du Cancer. Fiche Repère « Alcool et cancer » , janvier 2011

Rédaction
- l'équipe Offre Prévention de la Mutualité Française
- Catherine Grenier, Médecin de Santé Publique. Directrice du Département Qualité/Indicateurs. UNICANCER
- Pr Jean-Daniel Lalau, Diabétologue, Professeur en Nutrition et Philosophe

Mis à jour le 29 avril 2019