• partage google

Perméabilité entre vie privée et vie professionnelle : le rôle des NTIC

Le rôle des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication dans la perméabilité des frontières entre vie privée et vie professionnelle : comment encadrer leurs utilisations ?

Dans cet atelier proposé lors du colloque du 29 mars 2016, sur "Quelles qualités de vie au travail ?", Lydie Recorbet, chargée de mission RH à l’ORSE*, rappelle comment l’introduction des NTIC réinterroge fortement l’organisation des entreprises et le management.

Les avantages des outils numériques ne sont plus à démontrer : rapides, écrits, dotés d’une mémoire extérieure, d’une apparente facilité d’utilisation, à destination d’une ou de plusieurs personnes et asynchrones (pour le mail). Cependant, les contraintes inhérentes à leur utilisation ne sont pas moins nombreuses : ils peuvent induire surcharge de travail, urgence et stress, dépersonnalisation des relations et aplanissement de la hiérarchie.
Ces pratiques numériques influent également sur la cohésion sociale : les employés peuvent en effet se sentir démunis face à des flots d’instruction qu’ils ne peuvent discuter ou questionner. Le manque de communication directe peut induire une incompréhension des instructions. Les flux d’information peuvent être remontés à tout moment et donnent lieu à une surveillance accrue des employés : désormais les « n+1 » ont un rôle de reporting et de supervision par système informatique. Ils managent aussi des équipes de plus en plus importantes.

Face à ce constat, le droit à la déconnexion s’impose aujourd’hui à la plupart des entreprises : pour exemple, les heures passées à la consultation et à la rédaction des courriels ont pu être reva-lorisées en heures supplémentaires dans certains cas. Mais ce droit n’est pas facile à mettre en oeuvre. Quelle est en effet la responsabilité de l’entreprise ? Quelle est la responsabilité des salariés ? La porosité entre les sphères privées et professionnelles se situe bien sur deux dimensions : temporelle et géographique.

La notion de charge de travail est également une donnée fondamentale dans cette problématique : comment pouvoir la mesurer désormais ? Ces outils permettent de travailler en dehors du bureau et des « horaires normaux ». De plus, la charge de travail dépend aussi du ressenti de chaque salarié. Certains salariés peuvent avoir peur de la sous-charge de travail, de l’isolement. Enfin, l’évolution constante des outils numériques et de leurs usages sont pour certains incontournables (la génération des digital natives n’envisage pas du tout ces outils numériques comme un problème). 
Cependant ce droit à la déconnexion trouve aujourd’hui dans les entreprises des applications concrètes, formalisant des engagements soit sous forme de chartes, soit sous forme d’accords visant à sensibiliser à tous les niveaux, à mieux former aux outils de communication numériques, à restreindre techniquement l’accès à distance des collaborateurs, à mieux réguler le volume de courriels échangés dans l’entreprise.

  • Quelques exemples mis en place par certaines entreprises :
  • laisser les téléphones portables à l’entrée de la salle de réunion
  • prévoir des fenêtres « pop up » spécifiques précédant l’envoi de courriels « Il est 20h. est-il vraiment utile d’envoyer ce courriel maintenant ? »
  • désigner une personne de confiance qui reçoit et gère vos mails en votre absence pour congés ou maladie,
  • établir des règles de civilité : attention à la forme des messages, ne pas mettre en copie de mails tout le monde...
  • afficher la priorité du mail,
  • prévoir des objets précis : pour lecture, pour avis etc.
  • organiser des journées sans e-mail
  • etc.


Les acteurs-relais incontournables de ces nouvelles problématiques dans l’entreprise sont à citer : la médecine du travail pour déceler les signes graves de stress, les instances de représentants du personnel, le management de proximité et intermédiaire qu’il faut outiller et mieux accompagner. Il est à noter que les dirigeants eux-mêmes se doivent d’être exemplaires.

*Observatoire de la Responsabilité sociale des Entreprises
Association professionnelle, consultée par les entreprises, l’ORSE se positionne comme un « observatoire de bonnes pratiques » et a publié plusieurs travaux à ce sujet à l’issue de nombreux groupes de travail téléchargeables sur internet.