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Interview de Carole Moreira : la SMH confinée !

13 Mars, l’information tombe : confinement à partir du 17 Mars. La Mutuelle SMH, comme toute entreprise, doit s’organiser en toute urgence. Deux enjeux cohabitent : assurer une nécessaire continuité de service qualitative pour ses adhérents, et orchestrer le télétravail dans des conditions optimales pour ses salariés. Il s’agissait d’un challenge de taille, car l’organisation a toujours favorisé le contact humain, de proximité et le présentiel dans les locaux de la SMH.
Carole Moreira, Présidente du Conseil d’Administration de la mutuelle SMH, revient sur cette situation contrainte, et les décisions qui en ont découlé ; mais aussi sur sa perception de la gestion de la crise sanitaire, et sur les perspectives d’après-crise. L’épidémie Covid 19 : un catalyseur montrant l’urgence de penser le système de santé autrement !

( Comment la SMH, mutuelle de proximité solidaire, s’est-elle organisée à l’arrivée de l’épidémie de coronavirus ?

Nous avons la chance d’avoir des équipes impliquées et mobilisées pour le bien-être de nos adhérents. Si la solidarité est une valeur véhiculée dans notre image, elle est aussi portée par les salariés mutualistes.
Il n’y a pas eu de rupture d’activités grâce au télétravail.
La mutuelle SMH, favorisant la proximité humaine, a toujours mis tout en œuvre pour offrir des parcours de santé adaptables selon les besoins. Selon le moment, la situation, et l’adhérent concerné, l’accompagnement sera humain ou technologique pour favoriser la rapidité de traitement. Accueil physique ou téléphonique, rendez-vous personnalisé, espace extranet...la réponse est personnalisée.
Le fil conducteur est l’écoute et l’accompagnement de nos adhérents.
Dans la période de confinement, nous n’avons fait qu’adapter nos savoir-faire en supprimant l’accueil physique, et en favorisant davantage les autres canaux.

( Vous avez une histoire toute particulière avec les professionnels de santé et les agents hospitaliers depuis 45 ans, quel regard portez-vous sur la gestion de la crise sanitaire à l’hôpital ?

Un regard nécessairement critique. Je suis soignante et je suis en colère de voir qu’après des mois d’alertes sur la situation de notre système de santé, il aura fallu une pandémie pour reconnaître la compétence et le dévouement des professionnels de santé.
J’ai vu l’offre de l’hôpital public se dégrader, comment gérer correctement cette crise sanitaire avec une organisation inadaptée et des moyens insuffisants. Les logiques économiques ont pris le dessus sur la qualité des soins, et l’écoute du patient.
Ordonnances et réformes se sont succédées. Le transfert du budget de la santé à Bercy a donné le ton en se basant sur des analyses financières et non sur une réflexion globale des besoins de santé.
Les transferts d’activités, l’organisation par pôle, et la mise en place de la T2A n’ont fait que confirmer la volonté politique de réduire les dépenses publiques.
Pressions et rentabilité deviennent le quotidien des soignants, qui sont en souffrance.
Soyons clairs, l’hôpital ne pourra assurer sa mission d’accueil des soins de premiers recours, et ce sans sélection des risques, qu’à condition que celui-ci soit doté de financements à hauteur des besoins .
L’Objectif national des dépenses d’assurance maladie » (Ondam) doit absolument évoluer de manière significative.
Toutefois, l’hôpital n’est qu’un maillon du système de santé, et son mal-être une conséquence d’une approche globale centrée sur le soin. Les moyens ne manqueraient peut-être pas à l’hôpital si le choix avait été fait d’investir davantage dans le champ de la santé publique et de la prévention.

( Avez-vous pris des décisions exceptionnelles dans le cadre de cette crise sanitaire ?
Oui très vite.
La première décision a été de renforcer l’écoute de nos adhérents par 2 moyens : proposer un service de soutien psychologique accessible à tous, et appeler les personnes de plus de 60 ans pour s’assurer que tout va bien. L’isolement comme le confinement, voire les 2 associés, peuvent générer stress, laisser-aller.... Si une situation de détresse est détectée, signalement et orientation peuvent être proposés.
La seconde décision a été, au regard des appels au secours des professionnels de santé, de commander rapidement des masques FPP2 et chirurgicaux. Certes, la question s’est posée de se substituer au rôle de l’état, mais l’urgence était là. La solidarité a pris le dessus, et nous avons ainsi fait dons de masques à des établissements hospitaliers, EHPAD, pharmacies, dans l’urgence.
La troisième décision, toute naturelle, a été de donner un coup de pouce à des structures qui s’attachent à accompagner des publics en difficulté : notre partenaire Le Secours Populaire, ou encore les centres sociaux Lazare Garreau, ou Mosaïque.

( Comment envisagez-vous l’après crise comme acteur de l’Economie Sociale et Solidaire et du mouvement social ?
Nous avons toujours été force de proposition pour un système de santé de haut niveau, accessible à tous, et valorisant la prévention dans une démarche à long terme. La crise que nous vivons rend, je l’espère plus légitime encore, ce combat. « Mon corps n’est pas une bagnole. » est un ancien slogan, qui revient malheureusement régulièrement comme un leitmotiv. Nous devons réfléchir tous ensemble sur un modèle de système de santé innovant, certes, mais qui remplisse des missions essentielles : rendre chaque citoyen acteur de sa santé pour un mieux-être, par un accompagnement en santé publique performant, grâce à un réseau de soins réellement coordonné, où l’hôpital puisse respirer, et de fait ses agents. Mais il s’agit également en parallèle de repenser le modèle économique de la protection sociale, pour arrêter la spirale inflationniste des cotisations mutualistes.
Celle-ci est aussi une conséquence d’un système à bout de souffle, que réformes sur réformes à l’image de rustines n’ont fait que complexifier la compréhension de la prise en charge du parcours de soins par les mutualistes.
Nous souhaitons plus que jamais donner la parole à nos adhérents mutualistes pour co-construire des propositions dans le cadre du Congrès des Mutuelles de France. Une invitation à s’exprimer leur a été envoyée et une page sur notre site dédiée.

Carole Moreira
Présidente du Conseil d’Administration SMH